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Vu par Zibeline

"Mon cousin le fasciste", dernier livre de Philippe Pujol, pour mieux comprendre et résister

Comment peut-on être facho ?

Comment peut-on être facho ?

Cette question, Philippe Pujol se la pose depuis longtemps. Parce que l’extrême-droite n’est pas vraiment sa tasse de thé : longtemps journaliste à La Marseillaise, collaborateur à Libération et autres médias de gauche, le lauréat du prix Albert-Londres 2014 n’est pas connu pour ses sympathies ultra nationalistes. Et parce que son cousin germain, Yvan Benedetti, lui, l’est. Et pas qu’un peu. Leader du plus extrême des partis fascistes français, l’Œuvre française (dissoute aujourd’hui). Tellement radical qu’il a été exclu du FN, c’est dire. D’où cet ouvrage que l’auteur de La fabrique du monstre appelle « récit ». Mon cousin le fasciste évoque les liens étranges qui unissent ceux que l’on appelait autrefois en Corse Gros Patapouf et Fifounet. Des liens familiaux indéfectibles, en dépit de divergences idéologiques abyssales. Il retrace aussi quelques épisodes d’un voyage en pays fasciste. Une petite dizaine de chapitres, dont les titres reprennent des phrases prononcées par le cousin, du genre « Je suis antisioniste, antisémite, antijuif » ou « De Gaulle, c’était un général de merde ! » et donnent le ton : direct, familier, comme le sont les rapports des deux hommes. De veillées d’armes en pérégrinations fascistes, le texte est brutal, mais souvent drôle. Ainsi la baston que Pujol a involontairement déclenchée lors de l’inauguration d’une stèle commémorant l’OAS au cimetière de Marignane ou le pèlerinage sur l’île d’Yeu en hommage à Pétain. La description de la « volaille » nostalgique de l’Algérie française, celle des cathos intégristes nostalgiques du Maréchal sont franchement comiques. La visite au chef de la Phalange espagnole à Madrid l’est beaucoup moins et la métamorphose du cousin saisissante : « Un vérin puissant aux mâchoires, une bataille dans le regard. Gros patapouf avait disparu. » Saisissante, la fin du récit, intitulée « La période nous est très favorable », l’est également. Car la doctrine d’Yvan « rien de moins qu’instaurer une dictature en France » a un « pouvoir de fascination » terrifiant. Un récit à lire pour mieux comprendre cette idéologie nauséabonde. Et résister.

FRED ROBERT
Février 2017

Mon cousin le fasciste Philippe Pujol

Seuil, 15 €