Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

Les oiseaux morts de l’Amérique de Christian Garcin : le portrait d’une Amérique meurtrie

Collecteurs d’eau et de mémoire

Les oiseaux morts de l’Amérique de Christian Garcin : le portrait d’une Amérique meurtrie - Zibeline

 À Las Vegas, dans l’obscurité des collecteurs d’eaux de pluie, vivent des laissés pour compte de la société américaine. Parmi eux, Hoyt Stapleton, vétéran du Vietnam, ainsi que Matthew Mc Mulligan et Steven Myers, tous deux anciens soldats de la guerre en Irak. L’impossible retour à une vie « normale » les a conduits à passer le reste de leur existence dans ce réseau suburbain. Dans une marginalité autant sociale que géographique, ils cohabitent dans une sympathique apathie.

Hoyt parle peu, mais il voyage dans le temps. Le futur de la planète avec son lot de calamités ne l’intéresse pas. Il préfère explorer le passé, et plus particulièrement la période nostalgique de son enfance. Il exhume ses souvenirs enfouis. Les replis de sa mémoire vont révéler des scènes, des instants, dont il se demande s’ils sont une « réalité vraie ». Parfois, présent et passé se rencontrent. Myers explique ainsi ce phénomène : le temps serait comme une pâte que l’on plie de multiples fois sur elle-même pour en faire de la pâte feuilletée. C’est ainsi que des points initialement très éloignés se superposent et que le passé télescope le présent. Cette image de la pâte pliée peut aussi s’appliquer aux mondes superposés, si lointains et pourtant si proches. On la trouve déjà dans un précédent roman de Christian Garcin, Les nuits de Vladivostok, dans lequel une pègre grouillante et inquiétante vivait dans les souterrains de New York comme ici, dans Les oiseaux morts de l’Amérique, où, à quelques pieds sous le bling-bling ostentatoire de la capitale du jeu, des marginaux hantent les canalisations des collecteurs d’eau.

Le thème obsédant du terrier ou de la grotte, ainsi que celui des rêves et de leur puissance, sont les piliers de l’œuvre de Christian Garcin. Ce roman s’y inscrit comme un étonnant et sensible voyage qui nous embarque dans une Amérique meurtrie par ses guerres.

CAROLINE GERARD
Janvier 2018

Les oiseaux morts de l’Amérique Christian Garcin
Actes Sud 19 €