Vu par Zibeline

Être plus fou que celui d’en face

Codétenue avec Claude Lévêque !

• 29 mai 2014⇒30 août 2014 •
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Être plus fou que celui d’en face - Zibeline

Monter au 5e étage de la Cité Radieuse Le Corbusier pour partager un moment d’intimité avec Claude Lévêque et la propriétaire du lieu, Audrey Koulinsky, directrice de la galerie parisienne Coullaud & Koulinsky, est une expérience qui ne se refuse pas. D’abord parce que l’invitation est inédite, ensuite parce s’immerger dans la Cellule516 revisitée par l’artiste réserve de beaux dialogues avec l’espace et l’horizon, enfin parce que l’hôte-galeriste prend le temps de converser sur l’art et l’architecture contemporains. Sur la vie quotidienne aussi, mesurant objectivement la qualité de l’appartement et ses limites. Cette expérience, Claude Lévêque l’a vécue à trois reprises pour sa carte blanche exceptionnelle : libre à lui de déplacer le mobilier, de vider les étagères, de dormir à son aise, de déjeuner face à la mer… bref, d’interroger les possibilités de la Cellule516 pour qu’elle reste vivable tout en étant l’objet de son imaginaire créatif ! Dans ce logis «monument historique», restauré mais préservé dans son jus, meublé à l’identique ou presque, l’artiste a eu à cœur «de comprendre ses fonctions et le quotidien des habitants» avant de décider «d’installer des pièces existantes ou jamais montrées», ou encore «de ressusciter d’anciennes œuvres sous de nouvelles formes ou dispositifs». Réfléchissant sur l’ambivalence de l’architecture utopique du Corbusier qui est, selon lui, «un lieu d’aliénation car la vie y est autonomique voire autarcique», son intervention repose sur un jeu d’objets : «Un choix de pièces à vivre, c’est une collection d’objets, de situations qui se prêtent au lieu, à l’espace, à l’histoire de la cellule.» D’où cette combinaison originale d’œuvres au vocabulaire qui a fait sa réputation (comme cette inscription en néon «être plus fou que celui d’en face» tirée d’un article de Libération, lumineux clin d’œil à l’immeuble du Fada), d’installation autobiographique («il n’y a rien de plus beau qu’une tente à l’intérieur» à propos de la tente plantée dans le parquet de la chambre à coucher parentale) et de pièces inspirées directement de sa relation particulière au paysage : «On est ici en suspens, l’apaisement fait qu’on n’a plus envie de sortir.» De là à confectionner une suspension de cuillères et de fourchettes qui tintent au vent…

Aussi, à peine la porte refermée, on regrette déjà de ne pas rester plus longtemps entre terre et ciel ! Heureusement, Audrey Koulinsky a invité en résidence l’auteure Chantal Thomas qui, par la fiction ou le récit, racontera sa propre conscience du lieu dans un texte à paraître l’an prochain.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Juin 2014

À voir :
Être plus fou que celui d’en face
jusqu’au 30 août
sur rendez-vous, accès gratuit, durée 45 minutes
Cellule516, Le Corbusier, Marseille 8e
www.cellule516.com

À lire :
Absalon
Cellule516, zone d’art habitée
Éd. Dilecta, collection Les actes de la cellule516, 20 euros

Photo : Claude Lévêque, Sans titre, 1991-2014, Ligne de couverts inox suspendus par le manche à hauteur des yeux, Parcours in situ être plus fou que celui dans face, Cellule 516, Cité Radieuse Le Corbusier, Marseille © ADAGP Claude Lévêque. Courtesy the artist and kamel mennour, Paris