Journal Zibeline - bannière pub
Vu par Zibeline

On aurait aimé être plus secoué par Shake, d’après Shakespeare, de Dan Jemmet

Cocktail sans alcool

On aurait aimé être plus secoué par Shake, d’après Shakespeare, de Dan Jemmet - Zibeline

Dans un pays où rois et reines, ducs, contes et valets se disputent le rôle du plus méchant, du plus fou, du plus amoureux, où hommes et femmes intervertissent leurs costumes, où les masques disent souvent plus vrai que les visages, un bateau a fait naufrage, tout le monde a disparu sauf deux jumeaux, Viola et Sébastien, qui survivent, se croyant chacun seul rescapé. Nous sommes en Illyrie, Shakespeare est aux commandes de l’imbroglio provoqué par l’échange des personnalités entre les frère et sœur, Dan Jemmett supervise cet ultime mélange, dans un Shake frais, sans glaçons, plutôt long drink que shooter.

Le metteur en scène, compatriote de l’auteur, s’approprie le texte sans complexe, et il a bien raison. Il le maitrise, il en joue, il navigue dans ce classique comme dans une contrée qu’il parcourt les yeux fermés, toujours prêt à se laisser surprendre par ce fameux humour britannique, redéfinition permanente des codes d’une société qui n’en a jamais fini avec la mise en question de ses fondements.

Des 17 personnages qui font La Nuit des Rois originelle, 5 comédiens condensent les caractères. Chacun niché dans sa cabine de plage, quasi uniques éléments du décor, ils surgissent et disparaissent dans un ballet orchestré par la musique que le bouffon distille en direct en passant des vieux vinyles sur un tourne-disque furieusement vintage.

Viola se fait passer pour son frère jumeau, la comtesse Olivia tombe amoureuse de lui/elle, elle-même pétrie d’amour pour le duc Orsino qui tente lui de séduire la comtesse… Pendant que Sir Toby et Sir Andrew sèment la zizanie entre tout le monde, et que le pédant intendant d’Olivia, Malvolio, ronge son frein, amoureux malheureux de sa maitresse… Oh là là ! Mais au fait, où est passé Sébastien, ce garçon qui ressemble tant à Viola, travestie en homme ?!

Bonheur toujours renouvelé de trouver dans un texte vieux de presque quatre siècles des sujets si actuels qu’on en oublie que tout cela se passe en Illyrie, plaisir de la langue et des sentiments raffinés. Les comédiens sont parfaits, les blagues, toutes centrées sur la boisson, récitées périodiquement par le bouffon avec un air mi-désabusé, mi faussement timide, constituent les moments les plus savoureux du spectacle, le dédoublement des deux Sirs, grâce à une marionnette actionnée par l’acteur qui joue les deux personnages, est un ressort efficace.

Et pourtant, il a quelque chose qui empêche de se laisser emporter. C’est étrange, mais au milieu de cette histoire trépidante (intrigue, amour, tromperie, farce, surprise), on attend. Que ça explose, que ça surprenne, que ça craque, que ça délire. Les vannes sont bien ouvertes, mais le flot hésite à s’écouler. On aurait voulu un Shake plus secoué encore.

ANNA ZISMAN
Mai 2017

Shake, d’après La Nuit des Rois de Skakespeare, a été joué au Théâtre Molière, à Sète, les 11 & 12 mai. Ce spectacle a reçu, lors de sa création en 2001, le Prix de la révélation théâtrale par le Syndicat National de la Critique. Cette version est une recréation (2015)

Photo : © Mario del Curto


Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau
Avenue Victor Hugo
34200 Sète
http://www.theatredesete.com/