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Avec Black Village, paru chez Verdier, Lutz Bassmann alias Antoine Volodine excite et désespère

Ça va finir par

Avec Black Village, paru chez Verdier, Lutz Bassmann alias Antoine Volodine excite et désespère - Zibeline

Rentrée littéraire passionnante, à lire dans le Zibeline n°110, dès le 9 septembre en kiosques ! M-H Lafon, J. Sorman, C. Thomas,  D. Lopez, A. Bertina, J. Noël,… Et Kamel Daoud, avec l’incisif et dérangeant Zabor.

Lutz Bassmann alias Antoine Volodine livre un roman aussi désespérant qu’excitant, aussi jouissif que frustrant, aussi étonnant qu’attendu. Son post-exotisme impose comme toujours son univers apocalyptique qui n’en finit pas de finir, reposant sur une dystopie post-soviétique, familière par ses espions, son Service Action, ses ennemis capitalistes et ses catastrophes nucléaires, mais peuplée aussi de zombies, de subclaquants et de créatures mutantes mi-humains mi-oiseaux, terrifiantes et grotesques. Un pseudo-monde dans lequel les avatars de Volodine construisent leurs fictions, dans la cohérence absurde d’une réalité parallèle, quantique, qui aurait pu être, à peu de choses près, sans la chute du Mur, notre futur.

Black Village commence par cela, trois morts marchant dans le noir vers le bout de la fin, qui n’advient pas, et racontant des histoires, qui s’interrompent en plein élan. Les récits alternent, on reconnaît l’univers de chacun des narrateurs, on s’aperçoit que les récits se répondent deux à deux dans une symétrie virtuose, qu’ils se nourrissent aussi les uns les autres d’inventions empruntées aux autres, de pogromes (sic), de créatures fantastiques, de trains et de déserts, d’exotisme, de violences et de néant.

Et chaque fois le plaisir du récit ressurgit : on sait que l’histoire va finir brusquement mais chacune est si bien accrochée, si passionnante, installée en quelques mots, lançant péripéties, intrigues et personnages avec tant de talent, qu’on se laisse prendre à la nouvelle intrigue (il y en a 31), qu’on se dit qu’un autre que Bassmann aurait de chacun de ces récits fait un roman de genre… mais que Volodine veillait à la fenêtre, rappelant que la fin n’existe pas, même aux confins de tout. Un village noir, magistral, inépuisable, que l’on lit d’une traite mais dont on sait qu’il faudra y replonger, pour en cerner un peu mieux la substance, et l’architecture…

AGNES FRESCHEL
Août 2017

Lutz Bassmann (Antoine Volodine)
Black Village
Verdier, 16 €