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Une Nuit du piano mémorable à l’opéra de Toulon

Battle impériale

Une Nuit du piano mémorable à l’opéra de Toulon - Zibeline

À l’invitation du Festival de musique de Toulon, quatre de nos plus éminents pianistes répondaient présents cette année pour une deuxième édition de la « Nuit du piano » dans les murs de l’Opéra de Toulon ; quarante doigts pour quatre heures de musique soit une heure de prestation par intervenant, un exercice d’équilibriste de haut vol mené à bien par quatre talentueux interprètes issus de la fine fleur du clavier de l’hexagone. Placées sous le signe de huit éléments thématiques distincts, les interventions des quatre solistes permettaient au spectateur de trouver un fil conducteur aux œuvres jouées même si, il faut bien l’avouer, celui-ci était parfois très ténu. On pouvait dès lors se questionner sur la légitimité de telle ou telle musique en tant que descriptive en se rappelant l’éternel débat qui hante les théoriciens de l’esthétique sur la musique dite « pure »…

Guillaume Coppola ouvrait et clôturait la soirée avec en première intervention un répertoire évoquant la nuit où la délicatesse de son touché faisait merveille dans des œuvres comme le Nocturne, opus 9 n° 1 de Chopin ou  La terrasse des audiences au clair de lune  de Debussy. Il conclut pour évoquer le jour avec un talent non moins remarquable l’étrange Concerto pour piano « Aubade » de  Poulenc où les parties de soliste ne brillaient pourtant pas d’une virtuosité éclatante.

Claire Désert trouvait un terrain de jeu propice à son talent dans un répertoire consacré aux Papillons  de Schumann à l’écriture virevoltante et schizophrénique  d’une part, confrontée à la noirceur de ceux écrits par Bruno Mantovani. Elle revint plus tard évoquer la forêt en s’appuyant avec délicatesse sur les Feuilles mortes et les Bruyères de Debussy épaulées d’œuvres de Schumann et Liszt.

Au jeu des intentions descriptives, Jonas Vitaud était sans hésitation le plus habile à rendre la musique explicite l’ayant commentée avec un vocabulaire choisi en amont. Il mit littéralement le feu à son répertoire grâce à un toucher  d’une rare explosivité dans la Mephisto Valse n° 1 du fameux compositeur hongrois ou encore les Flammes sombres, op.73 n° 1 et Vers la flamme, op.72 de Scriabine, ainsi que dans la surprenante Étude de rythme n° 6 sous-titrée Fulgurance « Le temps est comme le feu » de Bruno Ducol. Revenant ensuite évoquer la montagne avec pour compagnons de route Tchaïkovski, Grieg et Debussy il arborait alors un touché hiératique du plus bel effet.

Pour éteindre ces incandescences Laure Favre Kahn enchantait littéralement le public avec une interprétation habitée d’où jaillissaient les Jeux d’eau de Ravel et  L’Isle joyeuse de Debussy. Elle revint ensuite chasser les nuages avec une vigueur impériale dans Le vent dans la plaine  du Français et la Sonate pour piano n° 17 « La tempête » de Beethoven.  Une soirée magnifique proposée par un quatuor aux qualités indéniables : un moment singulier, unique et inoubliable tant sur la forme que sur le fond. Vivement la prochaine édition !

EMILIEN MOREAU
Mai 2017

Nuit du piano 2, le 29 avril de 18h à minuit. Opéra de Toulon
www.festivalmusiquetoulon.com

Image © DR

 


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