Vu par Zibeline

Leo Nucci, en bonne compagnie, triomphe à l'Opéra de Marseille dans I due Foscari de Verdi

Baryton hors d’âge !

• 18 novembre 2015 •
Leo Nucci, en bonne compagnie, triomphe à l'Opéra de Marseille dans I due Foscari de Verdi - Zibeline

Verdi d’avant Verdi, I due Foscari n’en est pas moins un morceau de bravoure écrit pour de grands chanteurs. A Marseille, dans une version scénique, on attendait un plateau de choix : on n’a pas été déçu, ni même regretté l’absence de décors et costumes, tant les deux représentations à l’affiche ont déchaîné les passions. Dès les premiers sons émis par Giuseppe Gipali, impeccable dans le rôle du fils du Doge, accusé et banni à tort de Venise, on sent que le ténor est en grande forme. La voix a gagné en unité depuis qu’on l’entend Place Reyer : les aigus sont toujours pleins, puissants et surplombent désormais un registre central qui a gagné en corps. La soprano Sofia Soloviy possède quant à elle une pâte vocale somptueuse, s’appuyant sur un timbre charnu et profond, d’une grande beauté. Elle est formidable dans Lucrezia, dans sa fureur impuissante devant le malheur de son époux.

Arrive Leo Nucci !

Visuel I due Foscari - NucciLe grand baryton italien a 73 ans. C’est un phénomène vocal : un crû exceptionnel qui conserve étonnamment toute sa puissance en prenant de l’âge… à l’instar d’Alfredo Kraus qui possédait encore tous ses moyens vocaux à un moment où d’autres ont pris leur retraite depuis longtemps. Nucci, il y a un quart de siècle, trissait son duo de Rigoletto à Marseille avec une jeune diva arrivant tout droit d’Albanie : Inva Mula ! On a craint d’être chagriné (comme on l’a été par exemple lors des dernières prestations de feu Pavarotti!), mais il n’en est rien à l’automne 2015. Tout est là, intact, des mimiques de cabotin aux ports de voix reconnaissables entre mille, vigueur, largeur, force expressive… Il faut dire que le rôle du vieux Doge, se débattant dans la tourmente d’un pouvoir qui lui échappe, lui va comme un gant. Mieux, alors qu’on s’approche du final, déjà comblé par le trio vocal (on ajoute volontiers les prestations de la basse Wojtek Smilek, de la soprano Sandrine Eyglier et du ténor Marc Larcher dans les « seconds » rôles) le vieux lion lance un dernier rugissement. Son ultime air, redoutable, est chanté avec une ferveur, un spinto farouche, une déclamation hors-normes : c’est inouï ! Si bien que le public applaudit sans relâche après un aigu rageur qui se plante dans les travées du théâtre… jusqu’au derniers rangs du « poulailler » ! On n’en revient pas… et, chose de plus en plus rare à l’opéra, la star « hors d’âge »,  au bout de deux heures et demi de spectacle, bisse son air, ajoutant un triomphe à la liesse générale… avec tout le monde au diapason, le Chœur et l’Orchestre de l’Opéra de Marseille, d’où émergent de beaux soli de clarinette, alto et violoncelle, sous la baguette souveraine d’un grand chef aimé des rives de la Mer du Nord à la Méditerranée : Paolo Arrivabeni.

JACQUES FRESCHEL
Novembre 2015

I Due Foscari, représentation du 18 nov à l’Opéra de Marseille.

Photo : Christian Dresse


Opéra de Marseille
2 Rue Molière
13001 Marseille
04 91 55 11 10
http://opera.marseille.fr/