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Belle rencontre avec l’auteur de Rue Monsieur-le-Prince à la librairie L’Histoire de l’œil, Didier Castino

Avoir 20 ans en 1986

Belle rencontre avec l’auteur de Rue Monsieur-le-Prince à la librairie L’Histoire de l’œil, Didier Castino - Zibeline

Vendredi 17 mars 19h00. Didier Castino est invité à la librairie L’Histoire de l’œil pour y parler de Rue Monsieur -le-Prince son second roman tout juste paru chez Liana Levi (lire la chronique dans Zib’ 105). Il y a du monde évidemment pour écouter ce professeur de lettres marseillais dont le premier roman Après le silence a été très remarqué et s’est vu décerner plusieurs prix ; il est d’ailleurs en lice cette année pour le Prix Littéraire des lycéens et apprentis de la région PACA.

Pas facile, le cap du deuxième. Pourtant voilà, deux ans ont passé, et le livre est là. Un ouvrage dans la lignée du premier, en ce sens que le narrateur y apparaît de nouveau comme un double fictif de l’auteur. Après l’enfance, voici venues l’entrée dans l’âge adulte, l’époque des premiers engagements politiques, de l’affranchissement par rapport aux parents, aux profs… et de l’exaltation qui va avec. Castino, pardon le narrateur Hervé, revient sur ses vingt ans, « l’âge où on croit que tout est possible ». Et sur la mort tragique de Malik Oussekine, survenue en décembre 1986, rue Monsieur-le-Prince (d’où le titre), suite à un tabassage policier d’une violence inouïe. Mais 1986, c’est aussi l’année où pour la première fois 35 députés FN siègent à l’Assemblée nationale, où la cohabitation se met en place. En réalité ce sont ces « racines du mal » que le roman cherche à sonder. C’est d’ailleurs par une lecture de ce passage que Didier Castino entame la rencontre, insistant sur la violence des mots de l’époque, qui ont ouvert la voie aux insultes d’aujourd’hui (« racaille », « guenon »…). « On dit qu’il ne faut pas s’arrêter aux mots, qu’il y a plus important. Moi, je m’y arrête, je ne peux faire autrement » affirme Hervé-Didier. Un deuxième roman donc, pour tenter de comprendre comment on en est arrivé là, et aussi pourquoi tant d’entre nous ont renoncé. À lutter, à manifester.

Didier Castino est touchant, par sa modestie, sa timidité presque, qui lui fait sans cesse renvoyer la balle à Nadia Champesme, la libraire. Comme s’il avait du mal à trouver les mots justes, justement parce qu’il s’arrête aux mots. Mots dont la force explose dans la lecture que donne son éditrice Sandrine Thévenet (un extrait haletant de la course de Malik Oussekine). Aux noms aussi, qu’il s’agit de reconnaître « comme on reconnaît un corps », liste émouvante des innombrables victimes du racisme ordinaire, sur laquelle s’achèvent le livre, et la rencontre. Une soirée pleine de chaleur, d’humanité, malgré les désillusions. Une soirée nécessaire.

FRED ROBERT
Mars 2017

Didier Castino était invité à la librairie L’Histoire de l’œil (Marseille) le 17 mars pour y présenter son roman Rue Monsieur-le-Prince (éditions Liana Levi).

Photographie © Sandrine Thévenet


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