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Vu par Zibeline

Deux expositions à voir en Arles : Urs Fischer, et Jordan Wolfson

Artefact et violence

• 6 octobre 2016⇒29 janvier 2017, 6 octobre 2016⇒29 janvier 2017 •
Deux expositions à voir en Arles : Urs Fischer, et Jordan Wolfson - Zibeline

Cher artefact

Pour la première fois la Fondation Van Gogh met l’ensemble de ses espaces à disposition d’un artiste en solo, le Suisse Urs Fischer. Et disons-le d’emblée, c’est dans le grand espace du rez-de-chaussée que le public rencontrera l’œuvre la plus enthousiasmante par son effet enchanteur. Melodrama, conçue en 2013 et réinventée pour Arles, se présente comme une vaste installation caractérisée par une pluie de (fausses) gouttes d’eau colorées suspendues, ponctuée au sol de sortes de sculptures d’où émergent des formes féminines. Le merveilleux immersif sera relatif. En s’attaquant au portrait féminin, ici la femme alanguie, Fischer bouscule le mythe de l’odalisque : femme sans tête, rapetissement du corps, non fini /mal fini, coulures de peinture… et aspect de terre glaise juste dégrossie alors qu’il s’agit de bronze. Avec des allusions à Van Gogh (couleur, chaise, oreille…) peu évidentes,  la suite de l’exposition joue encore sur ces artefacts de la matière, en moins spectaculaires :  fonte d’aluminium/bois, impression jet d’encre/traces de peinture, sérigraphie/empâtements. Ce paradigme des apparences était posé dès la première œuvre dans la cour. On s’amuse de cette monumentale Cène empruntée à Vinci qui paraît bien malmenée, jusqu’à y déceler des ajouts anachroniques : canette, cendrier, emballage de fast food. Au revers, une empreinte de main aux fesses achève de distancier le programme iconographique académique. Urs Fischer, un artiste iconoclaste et facétieux ?

Chair violence

Aujordan-wolfson-colored-sculpture-fondation-luma-arles-2016-detail-lorin-zibelinex Ateliers SNCF, second grand projet de Maja Hoffmann pour Arles, le merveilleux se rend à l’effroi absolu. Jeune artiste né en 1980, Jordan Wolfson ne fait pas dans le détour amusé.

Son installation monumentale, Colored sculpture, à l’échelle de l’Atelier de mécanique, met en scène une marionnette géante de garçonnet soumise à un dispositif tortionnaire. À coups de bruits d’épaisses chaînes métalliques et de chutes du corps, de tensions et relâchements, redoublés par moments de bribes de chanson (When a man loves a woman de Percy Sledge), on assiste à une danse macabre, violente, du corps et de nos sentiments, au gré des convulsions de ce pantin désarticulé, martyr ou sauvageon ensorcelé au regard halluciné via système vidéo (on pense à L’exorciste de Brian de Palma) provoquées par les chaînes mues par des moteurs électriques, eux-mêmes glissant avec précision sur des rails et obéissant à programme numérique. En se montrant tel quel, le dispositif plastique prend sens universel, métaphore d’un système aliénant. On pense aux différentes formes de violences, véhiculées par l’imagerie de l’histoire de l’art ou médiatique, pour leurs résonances avec le passé, comme avec le plus actuel.

CLAUDE LORIN
Octobre 2016

« Mon cher… »
jusqu’au 29 janvier
Fondation Vincent Van Gogh, Arles
04 90 93 08 08
fondation-vincentvangogh-arles.org

Illustration : Urs Fischer Melodrama Fondation Van Gogh Arles 2016 vue partielle © Lorin-Zibeline

Colored sculpture
jusqu’au 23 octobre
Fondation LUMA, Arles
04 90 47 76 17
luma-arles.org

Illustration : Jordan Wolfson Colored sculpture Fondation LUMA Arles 2016 détail © Lorin-Zibeline


Fondation Vincent Van Gogh
35 ter rue du Docteur Fanton
13200 Arles
04 90 93 08 08
www.fondation-vincentvangogh-arles.org