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Vu par Zibeline

Le premier long métrage de Camille Vidal Naquet, film qui peut déranger mais dont on se souvient

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Le premier long métrage de Camille Vidal Naquet, film qui peut déranger mais dont on se souvient - Zibeline

Dès la première séquence du film de Camille Vidal-Naquet, Sauvage, présenté à Cannes lors de la Semaine de la Critique, on est sous le charme de ce garçon, Léo (excellent Félix Maritaud) qui préfère qu’on l’appelle comme on veut, dont on ne sait pas grand-chose. D’où vient-il ? Quel est son passé ? Peu importe. Il est là avec son corps qu’il vend au plus offrant, au bord des routes, dans le bois. Il a 22 ans et a « quand même de sérieux problèmes pour son âge » lui souligne le médecin qui l’examine et à qui il confie « je consomme surtout du crack, des fois de la coke, du crystal quand il y en a ; l’héroïne, c’est rare ; et du shit évidemment ». Contrairement aux autres « tapineurs », lui, il embrasse ses clients et il cherche tendresse et amour au fil de ses errances.  Il rencontre Ahd (Eric Bernard) à qui il s’attache mais Ahd est hétéro et ne pense qu’à une chose, quitter le trottoir. Léo, lui, est capable de prendre dans ses bras un client âgé qui se sent seul et de le réconforter.

Mais le monde de la prostitution masculine est cruel  et les rencontres sont parfois très violentes. Une scène avec deux garçons  est particulièrement insoutenable, montrant un corps qu’on fait souffrir  jusqu’à l’extrême. « Leur corps est souvent un corps souffrant, abîmé, ne bénéficiant pas des soins et de l’entretien nécessaire. Et pourtant, ce corps reste un objet de désir. Tout l’enjeu, dans le film, était d’arriver à concilier ces deux aspects. » précise le réalisateur. Et il a réussi. Il nous fait partager la vie de ce jeune marginal, qu’on voit se dégrader,  qui veut rester libre, qui ne pense pas à changer de vie. -Pourquoi ? demande-t-il à plusieurs reprises- on pense à la Mona de Sans toit ni loi. Il nous fait vivre la fulgurance des moments qui s’offrent à lui, le suivant caméra à l’épaule, saisissant sa douceur, sa fragilité et sa solitude, mais il  nous dépeint aussi avec réalisme ce monde vertigineux  où les corps s’exposent. Un film qui peut déranger mais un film dont on se souvient.

Félix Maritaud vient d’obtenir le Prix Fondation Louis Roederer de la Révélation, attribué par le jury de La Semaine de la Critique.

ANNIE GAVA
Mai 2018

Photo : Sauvage © Pyramide Distribution

 

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