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La Traversée de Johan Creten, au CRAC de Sète jusqu’au 29 janvier

Aller – Retour à Sète

• 22 octobre 2016⇒15 janvier 2017 •
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La Traversée de Johan Creten, au CRAC de Sète jusqu’au 29 janvier - Zibeline

L’exposition La Traversée, consacrée à Johan Creten au CRAC de Sète, présente un vaste ensemble de sculptures en céramique, bronze et résine, dont certaines inédites.

« J’aime que les visiteurs aient à boire et à manger », annonce Johan Creten pour introduire son travail. L’artiste belge est généreux, foisonnant, investi. Il se livre sans détours face et surtout dans ses œuvres, il raconte ses errances à travers le monde, toujours en quête, perméable aux aléas de la vie et aux mystères de la création. A l’invitation de Noëlle Tissier, directrice du lieu et commissaire de l’exposition, La Traversée propose une rétrospective magnifiquement agencée. Volumes et couleurs se succèdent et se répondent d’un espace à l’autre, racontant une histoire de formes et de matières qui convoque les mythes, l’inconscient, la mer, la mère, la guerre.

Johan Creten est l’un des rares artistes contemporains à pratiquer la céramique, qu’il sublime depuis 25 ans. Le domaine était en effet cantonné, on ne sait trop pourquoi, dans le domaine de l’artisanat, voire du ringard de mauvais goût. Et pourtant, la terre, la cuisson, les déclinaisons de couleurs, la magie de la transformation après passage au four, regorgent de symboles à explorer… Ne serait-ce que celui de se confronter à l’acte divin, modelant ses créations à partir d’une terre mère sans cesse à réinventer. Ou celui de maitriser le feu, sur les pas de Prométhée, pour créer de nouvelles couleurs, de fragiles brillances, à cuire et à recuire.

Palpitante immobilité

La Traversée est un voyage en forme d’aller et retour. Johan Creten a découvert la ville de Sète en 1991, lorsque Noëlle Tissier, déjà, l’invitait à la résidence d’artiste de la Villa Saint Clair. Il avait produit des œuvres à découvrir dans un lieu qu’il avait choisi, qu’il fallait relier en bateau depuis le port jusqu’à l’ancienne « quarantaine », souvenir des épidémies, craintes et repli historiques, entre terre et Méditerranée nourricière, inquiétante.

25 ans plus tard, il revient. La Traversée a depuis pris une amplitude qui rattrape l’actualité. Aller et retour d’une œuvre à travers un lieu, l’exposition, ne serait-ce que par son titre, évoque aujourd’hui des trajectoires dramatiques, rendant le travail de Johan Creten prémonitoire.

Une traversée à la fois effrayante et exaltante, qu’on parcourt parmi la soixantaine de productions de l’artiste, envouté par la puissance et la vitalité de l’ensemble, entre sensualité et fragilité.

Il y a quelque chose de très particulier dans le travail de Creten, qui fait qu’on voudrait tout toucher, caresser, éprouver. Cela semble si doux, parfois, et puis combien ça pèse, est-ce froid, tiède, rugueux ? Tout est tellement vivant, l’immobilité palpite, cela bouillonne sous les couleurs, l’élan du mouvement sculptural invite à imaginer que tout respire. Et c’est très fragile. Un panneau à l’entrée informe qu’il est interdit de toucher les œuvres. Alors on tourne autour, scrutant la matière, la mangeant des yeux.

Comme pour rassasier notre envie, l’artiste à prévu des « points d’observation », inspirés d’un élément emblématique de Sète. Des bites d’amarrage sont parsemées autour des différentes pièces. En céramique, on peut les toucher, s’y asseoir, les faire glisser. Quel plaisir de se fondre dans la matière…

Un oiseau surplombe du haut de ses 4 mètres la première salle. Fragile et inquiétant, gracile et sombre, il évoque un homme qui marche, ses ailes comme un manteau qui bat le rythme des pas, la tête en avant. On pense à Giacometti, au Balzac de Rodin aussi.

Le parcours se termine avec deux autres oiseaux monumentaux. Noirs aussi, on les pense en bronze. La feuille de salle nous apprend qu’ils sont en résine. Ce sont des aigles, ou peut-être des cormorans ? Les ailes ouvertes pour l’un recroquevillées pour l’autre, posés sur des socles comme pour les arrimer à un destin supérieur, ils racontent un pouvoir déchu, quelque chose qui mine, émeut et menace.

Entre ces deux vigies, des œuvres colorées, dorées même, illuminent la traversée. Les bustes féminins, composés de centaines de fleurs modelées une à une par l’artiste, sont un pan symbolique de son travail. Fleurs-vulves, fragilité, cavités, multitudes, courbes et méandres, luxe aussi : on approche au plus près le mystère fascinant de la matière fécondatrice selon Creten.

ANNA ZISMAN
Novembre 2016

La Traversée
jusqu’au 29 janvier 2017
CRAC de Sète

Photo : Johan Creten – Odore di femmina © Gerrit Schreurs


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