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Vu par Zibeline

Saisissante beauté des Dialogues des Carmélites créés à Avignon

Allégorie de la peur

Saisissante beauté des Dialogues des Carmélites créés à Avignon - Zibeline

« On ne meurt pas seul ; on meurt pour les autres, et même à la place des autres ».

La mort, le sacrifice, la peur… autant de sujets propres à la condition humaine émergent de cette phrase de Francis Poulenc et seront au cœur de son opéra, Dialogues des carmélites. Blanche de la Force a peur d’une ombre, a peur du monde qui l’entoure et se réfugie au carmel ; la prieure au terme de sa vie a peur de la mort ; Blanche a peur de mourir en martyr… La peur est partout, sourde, tapie dans le moindre recoin de l’âme humaine, elle irrigue la pièce, pruine les mélodies tantôt monochromes, froides, tantôt volubiles, écartelées dans de violents sauts d’intervalles. L’orchestration somptueuse oscille entre sonneries de cuivres flavescentes, accords lumineux, et moments livides, froids, où la peur se fige dans d’archaïsantes mélodies marmoréennes. Le temps est suspendu, ralenti, jusqu’à l’agonie de la scène finale qui voit les sœurs mourir exécutées, les unes après les autres. Alain Timár, dans une mise en scène dépouillée, austère, des images vidéo brumeuses tapissant les parois blanches, sonde ce mystère de la foi. Est-ce un rêve, est-ce la réalité, est-ce une expérience mystique ? Le trouble est saisissant. Dans ce décor d’ombre et de lumière déambulent les chanteurs, habités, mystifiés. Marie Ange Todorovitch rend l’appel de la mort palpable dans une interprétation pétrie d’angoisse et de douleur; Ludivine Gombert, âme errante, endosse à merveille le rôle de Blanche de la Force, pétrissant dans le creux de sa bouche les mots du texte, enveloppant de sa douceur les mélodies d’un Poulenc soucieux de faire chanter la langue française. Impossible de citer toute la distribution ici importante, mais obligé de mettre l’accent sur la qualité et l’homogénéité de l’ensemble à l’unisson dans le chœur final tant vocalement qu’émotionnellement. L’orchestre Régional Avignon-Provence, dirigé d’une main de maître par Samuel Jean, participa amplement à la réussite de cet opéra d’une beauté pétrifiante.

CHRISTOPHE FLOQUET
Février 2018

Dialogues des carmélites a été créé les 28 et 30 janvier à l’Opéra Confluence, Avignon

Photographie : Dialogues des Carmélites © Cédric Delestrade – ACM-Studio


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