Vu par Zibeline

Le protocole de création, ou l'Appaix nouveau

Ah ! La dramaturgie …

• 11 décembre 2014⇒12 décembre 2014 •
Le protocole  de création, ou l'Appaix nouveau - Zibeline

Eh bien oui ..ou plutôt non et sûrement les trofie al pesto ; elle, avare de paroles, ne répond qu’une seule fois en remontant le courant des questions que lui n’a cessé de lancer autour d’elle comme autant de filets troués ; saisir, attraper au vol, (s’) interroger de nouveau -prendre littéralement la tête de l’autre- et donner forme à ce qui vient : plus et mieux que jamais le travail chorégraphique de Georges Appaix consiste à casser l’air au sens le plus rigoureux du terme et à faire voler les mots, intention clairement affichée par les ventilateurs plantés en fond de scène qui régulièrement prennent du service. Elle, c’est Mélanie Vénino dont le visage nu fait déjà en soi mouvement et entraine la lumière ; elle danse, pas comme une étoile, intensément déterminée et bouche couturée sur un sourire ; ses gestes n’appartiennent qu’à elle et l’on perçoit qu’elle déplace sensiblement les lignes de La Liseuse vers (justement) un ailleurs à traverser. Souvent les jambes se plient et fléchissent sans qu’elle faillisse, le genou finalement est une belle articulation …pour dire quoi ? c’est d’ailleurs ce qu’il lui demande et toujours en passant « tu m’aimes ? » Lui, qui a fait le premier pas se trouve à courir -élégance toute latine d’Alessandro Bernardeschi, double peut-être du chorégraphe assis activement à sa table de travail– après et avec elle tentant de capter son attention avec une énergie drôlatique ; les objets à un moment prennent le relais et convoquent dans un rébus savoureux des images où se côtoient Dora Maar, Picasso et Yves Klein ; à la culotte rouge de la femme répondent les chaussettes des hommes en clin d’œil coloré ; qui est l’autre de l’un dans cette histoire ? Et pour muscler le questionnement ça se bouscule un peu, ça inverse les rôles et ça affirme de séquence en séquence qu’il faut être trois pour faire un duo possible ; le chorégraphe dirige du regard et saisit l’opportunité d’un plateau vide pour chanter à tue-tête enfin sa chanson à lui …Le protocole se déplace à toute allure mais paisiblement alliant jeunesse et maturité ; la salle converse en rythme et rit beaucoup ravie de tant de vitalité déployée ; et puis ça finit bien et les notes de la contrebasse peuvent s’égrèner tendrement : le tour est joué « tu crois que danser c’est changer la réalité ? » lui demande-t-il ? Ben oui !

MARIE JO DHO
Décembre 2014

Vers un protocole de conversation ? création 2014 de la Compagnie La Liseuse a été donné au théâtre Minoterie-Joliette dans le cadre de Dansem le 11 et 12 décembre.

 


Théâtre Joliette
2 place Henri Verneuil
13002 Marseille
04 91 90 74 28
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