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Vu par Zibeline

Les femmes de la Principal de Lluis Llach : une passionnante saga qui revisite l’Histoire

Agatha Christie en Catalogne

Les femmes de la Principal de Lluis Llach : une passionnante saga qui revisite l’Histoire - Zibeline

 Après Les yeux fardés, Prix Méditerranée étranger 2016, Lluís Llach nous offre un deuxième ouvrage, Les Femmes de la Principal. Titre de saga, mais il ne faudrait pas enfermer ce texte dans un genre. Le roman suit sur trois générations les propriétaires féminines (toutes trois nommées Maria) d’une grande exploitation viticole dans l’Abadia (écho fictionnel du Priorat, dans la Province de Tarragone en Catalogne), non loin de Reus, La Principal. Se dessine une large fresque depuis la fin du XIXe aux débuts du XXe, abordant l’époque du franquisme, de la Guerre d’Espagne, vision économique, sociologique, anthropologique d’une belle acuité. Les collusions entre pouvoir militaire, église, riches fortunes terriennes, ne sont pas sans rappeler les films de Carlos Saura (Anna et les loups ou Maman a cent ans). Dans ce cadre, des personnages d’une remarquable épaisseur jouent des codes, les détournent avec intelligence. Les femmes, loin de la fragilité que les usages leur concèdent, manipulatrices, obstinées, dirigent le domaine, savent déjouer les pièges du temps et des hommes, réussissent là où l’on prédisait l’échec. Une intrigue policière vient nouer le récit, l’orchestre, jouant entre les passés (1893, 1940, 2001), menant le lecteur à la résolution, seulement en 2001, de l’enquête menée en 1940. Dans une mise en abîme parfaitement maîtrisée, le roman se construit entre les points de vue entrecroisés des divers protagonistes, s’autorisant la critique des obscurités initiales, lors du « compte-rendu de lecture » que Maria de 2001 fait à son père, qui est en fait l’auteur de ces souvenirs (nous l’apprenons dans la deuxième partie du roman) : « au début, je ne comprenais rien du tout, je mélangeais les Maria, les époques (…) et lorsque j’étais parvenue à me retrouver, voilà que tu arrivais avec tes contes, tes rêves, tes légendes, je ne sais plus comment tu appelles ça. Heureusement que tu changeais de typographie, sans les italiques, ç’aurait été illisible ». Le résultat, un roman dense, fouillé, jonglant entre les registres, d’une écriture alerte, passionnant !

MARYVONNE COLOMBANI
Septembre 2017

Les femmes de la Principal, Lluís Llach, traduction Serge Mestre
Éditions Actes Sud, 22.80 €