Vu par Zibeline

L’esprit de contradiction porté en système, jubilatoire spectacle de Camille Chamoux

Accords et contrepiques

L’esprit de contradiction porté en système, jubilatoire spectacle de Camille Chamoux - Zibeline

Camille Chamoux sait d’emblée instaurer une complicité joyeuse avec le public, une retardataire est amenée sur le plateau, les spectateurs pris à témoin : se pose alors le problème de l’exactitude, vertu impossible pour la jeune mère débordée qu’incarne l’actrice ! Pas de grandiloquence, de volonté d’englober le monde; un champ d’observation, le XIème à Paris, et un défilé de personnages dont la narratrice, qui épingle autant les autres qu’elle-même. Seule en scène, la comédienne évoque avec L’esprit de contradiction, son dernier spectacle, sa génération, déjà ciblée dans Née sous Giscard, « moyenne, qui n’avait rien vécu d’extrême » et qui a pris une « grosse claque » avec la tragédie du 13 novembre 2015.

Au cours de la tranche de vie d’une jeune femme bobo, notre société se retrouve, nos analyses, nos perceptions des autres… cela commence par l’installation dans le quartier de la Place de la République, l’argumentation de l’agent immobilier, puis l’horreur de l’attentat du Bataclan, les journalistes internationaux aux mines compassées, friands de drame, de larmes, de cicatrices à jamais béantes, la vie qui se reconstruit, tant bien que mal, la diversité des commerces, des gens, venus du monde entier, et qui donnent du charme à cet endroit branché. L’amour de la multiplicité des origines, en posture, comme le fait d’apprécier les nems de la famille Chen… sans penser une seconde que leur situation matérielle pourrait être améliorée et que vivre à neuf dans une pièce n’est pas forcément l’accueil dont on pourrait rêver. La décoration cosmopolite des rues, qui amène le monde à deux pas, doit bien rester dans sa fonction ornementale ! L’indignation et le soutien aux réfugiés sont sagement confinés aux mots et aux slogans !

S’engager dans une ONG, ou simplement accorder une attention agissante sont déclarés impossibles… notre protagoniste est toujours surbookée. D’ailleurs, elle vient d’avoir un enfant, inénarrable passage de l’accouchement avec les infirmières qui bêtifient, ou se lancent dans un discours abscons et jargonneux, sans compter la culpabilité assénée selon les choix d’allaitement et plus tard d’éducation… la quête de la crèche idéale vaut son pesant de facéties ! Là-dessus il y a le fameux poème Si de Rudyard Kipling (prononcer Kiplin), les souvenirs d’enfance, un humour empli de tendresse qui sonne toujours juste, éclairé par la servante, présence fidèle et incarnation de l’esprit du théâtre. Distance essentielle qui autorise le rire, la hauteur de vue, l’anecdote portée en symbole, dans la mise en scène sobre et efficace de Camille Cottin.

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2017

L’esprit de contradiction a été donné au Théâtre du Jeu de Paume (Aix-en-Provence) les 6 et 7 octobre

Photographie : Camille Chamoux © Bernard Richebe


Théâtre du jeu de Paume
17, 21 rue de l’Opéra
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/