3 questions à Prosper Wanner, gérant d'Hôtel du Nord, coopérative d'habitants dans les quartiers nord de Marseille

Coopératives : l’esprit et la lettre

3 questions à Prosper Wanner, gérant d'Hôtel du Nord, coopérative d'habitants dans les quartiers nord de Marseille - Zibeline

La coopérative Hôtel du Nord dont nous vous parlions récemment (cf Zib’ n°61) vient de publier une lettre adressée à Benoît Hamon, ministre délégué chargé de l’Économie sociale et solidaire et de la Consommation. Dans leur secteur d’activité, le tourisme (chambres d’hôtes et balades patrimoniale), tout comme c’est le cas en matière d’habitat partagé, la législation peine à s’adapter au format des coopératives, un modèle pourtant en prise avec l’évolution de la société.

3 questions à Prosper Wanner, gérant d’Hôtel du Nord :

Zibeline : Qu’est-ce qui a motivé votre démarche ?

Notre démarche est motivée par un nombre croissant de sollicitations provenant d’agences de voyage solidaire, de groupes ou de Comités d’Entreprises qui souhaitent faire escale à Hôtel du Nord et nous demandent de faire office de centrale de réservation pour eux (balades, transport, nuitées, etc). Nos sociétaires peuvent réaliser ces prestations ; nous avons donc fait appel à la Macif pour assurer cette nouvelle activité. La Macif a alors consulté Atout France[1] qui nous demande de passer par une agence de voyage ou d’en devenir nous-même une. Pour protéger les touristes, la loi soumets les intermédiaires que sont les agences de voyage à un certain nombre d’obligations (caution, assurance, qualifications). Or une coopérative est  une société de personnes qui mutualisent des moyens. Nous ne sommes pas un intermédiaire, au contraire,  nous créons une « filière courte » entre les touristes et leurs hôtes.

Y-a-t-il eu une réaction de la part de Benoît Hamon ou son entourage ?

Le ministère des finances avait déjà été consulté et face à la réaction d’Atout France, il a constaté non seulement que nous étions les premiers à poser la question des coopératives dans le champ du tourisme, mais aussi que cette question mérite d’être tranchée. D’où notre lettre à Benoît Hamon, ministre en charges des coopératives et de la consommation. A ce jour nous n’avons pas encore de réponse.

Comment expliquer la volte-face du ministère des finances l’an passé ?

Les coopératives innovent et font souvent les frais du peu de connaissance de ce statut. Je suis moi-même chargé au sein d’Hôtel du Nord de le faire reconnaître, de développer la forme coopérative, les relations avec les élus, les initiatives similaires à l’international… Il faut transformer les modes de consommation et faire évoluer la législation, pour que l’habitat social puisse par exemple accueillir des chambres d’hôtes. Pour promouvoir l’esprit de la Convention de Faro, signée en 2005 par le Conseil de l’Europe, et qui « reconnaît à chaque personne le droit de bénéficier du patrimoine culturel et de participer à son enrichissement », nous recevrons à Marseille les 12 et 13 septembre prochains une vingtaine de pays européens pour réfléchir à la façon dont on peut se réapproprier la ville.

Propos recueillis par GAËLLE CLOAREC
Mai 2013



[1]    NDLR : L’Agence de développement touristique de la France, chargée par la loi du 22 juillet 2009 sur le développement et la modernisation des services touristiques de contribuer au développement de l’industrie touristique.