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Sandrine Mini, nouvelle directrice de la scène nationale de Sète

Bassin de culture

Sandrine Mini, nouvelle directrice de la scène nationale de Sète - Zibeline

Retrouvez tous nos articles de politique culturelle dans Zibeline n°106, en kiosques jusqu’au 13 mai.

Sandrine Mini est nommée à la direction de la scène nationale de Sète. Elle défend un programme ambitieux, axé sur la pluridisciplinarité, le partage d’expériences et l’ancrage dans le territoire. Belle façon d’affirmer une position après le conflit avec la municipalité de Décines, qui l’a récemment destituée de son poste du centre culturel le Toboggan au profit d’une structure commerciale. Elle prendra ses nouvelles fonctions début septembre, succédant à Yvon Tranchant.

Zibeline : Dans quel état d’esprit arrivez-vous pour cette nouvelle prise de responsabilités ?

Sandrine Mini : L’expérience du Toboggan n’a entamé ni mon énergie, ni mon optimisme. Je me sens plus forte maintenant pour affronter des situations qui hélas se développent un peu partout dans notre pays. On est de plus en plus de professionnels à être confrontés à ce rétrécissement de volonté politique pour tout ce qui concerne la culture. C’est ce qui fait la différence d’une commune à l’autre.

Au risque de se retrouver avec des îlots de culture ?

Oui, malheureusement. Mais quand la volonté politique bloque, on ne peut rien faire. On nous réclame du « vu à la télé ». Pour censément rendre les programmes accessibles à tous. Et pourtant moi, depuis toujours j’ai à cœur de tout mettre sur le même niveau, le théâtre classique, la musique populaire, du jazz, du hip hop… La question de la démocratisation de la culture a toujours été au cœur de ma carrière.

Vous avez un double parcours, entre spectacle vivant et l’art contemporain1. Comment traduire cette approche à Sète ?

Avec le projet des Chais du Moulin2, cela prendra tout son sens de travailler en collaboration. Et bien sûr, le nouvel outil du Pôle de création jeune public à Mireval représentera un axe très important de notre travail. On va mettre en place un appel à projet (début 2018) en direction des compagnies départementales et régionales, pour accueillir environ 4 projets par an en résidence. On va privilégier ceux qui mettent en place une véritable collaboration avec les jeunes, avec des ateliers dans les classes, et qui en retirent une matière artistique, vécue avec les enfants. Ce sera aussi un lieu de diffusion3, pour rayonner le plus largement possible sur ce « public de demain », comme on dit, mais moi je préfère penser que c’est le public d’aujourd’hui ! Ce sera aussi un pôle d’accompagnement des compagnies (pas forcément jeune public) pour les aider à boucler une production, à se structurer…

Et pour la programmation au Théâtre Molière ?

Je vais être très attachée à une continuité dans le pluridisciplinaire et la variété de l’offre, avec des grands noms, car ce sont des rendez-vous importants pour le public.

Comment allez-vous aborder le territoire de la nouvelle agglomération du Bassin de Thau ?

Nous allons développer un projet, peut-être biennal, qui s’appuiera sur un travail entre les compagnies et les pratiques amateurs, présenté sur tout le bassin dans des lieux patrimoniaux, pas forcément connus ni valorisés. Des artistes interviendront en ateliers (une quarantaine d’heures chaque fois) auprès des habitants, en arts plastiques, en danse, sur du récit ou recueil de parole… L’idée est de monter des collaborations qui n’ont jamais eu lieu : avec le personnel des espaces verts de la ville, avec la coopérative des pêcheurs, le personnel des maisons de retraite… On va réfléchir sur la mise en public, mais il faudrait sortir du côté événementiel, ponctuel, car il y aura aussi et surtout tout ce qui aura été vécu en amont de la présentation. Il y a une dimension collective à cultiver et développer, encore et toujours plus en ce moment.

Avez-vous prévu des passerelles avec le tissu structurel existant dans la région ?

Oui, bien sûr, on va travailler avec Montpellier, Alès, Perpignan, Narbonne. Les moyens sont réduits, et on doit mutualiser, être force de propositions. Il faut savoir gérer la pénurie !

Comment aborder cette question quand on est si près de Béziers ?

Je pense au Pôle enfance et jeunesse, proposer des formats légers, de façon à diffuser sur ce territoire, qui ne doit pas être abandonné. Il y a une logique aussi à travailler avec sortieOuest. Il faut penser le théâtre comme une agora : c’est important que le bar reste ouvert à la fin des spectacles, que les gens échangent… Être là, ne pas lâcher.

Mon parcours, c’est l’exemple d’un modèle républicain, mes grands-parents ne savaient ni lire ni écrire le français, et pour moi c’est une grande fierté de pouvoir faire partager tout ça au plus grand nombre.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ANNA ZISMAN
Avril 2017

1Sandrine Mini a été précédemment attachée culturelle à l’Ambassade de France à Rome, et directrice des publics et du développement au musée national Picasso.

2Projet de rénovation d’un chai sur le canal de Sète, qui accueillera le conservatoire, l’école des Beaux-Arts et l’extension du MIAM

3programmation conçue en partenariat avec le Théâtre Nouvelle génération à Lyon

Photo : Sandrine Mini -c- X-D.R


Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau
Avenue Victor Hugo
34200 Sète
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