Aquò d’Aquí

 - Zibeline

En ligne depuis le 12 mai, le site web Aquò d’Aquí 1 informe les internautes en occitan. Porté par l’association éponyme2 qui édite un journal papier depuis 1987, et dont le but est de participer au débat sur le développement régional en y incluant la langue, c’est un projet destiné à vivifier le rapport du public à la culture occitane. Michel Neumuller, qui en est le maître d’oeuvre, considère le site comme un outil pour ceux qui veulent apprendre l’occitan, ceux qui ne sont pas assez à l’aise pour l’employer en public, ceux qui l’ont perdu faute de pratique, ceux qui veulent le retrouver.

Lui même l’a découvert enfant auprès du cantonnier et du berger de sa commune, une cité ouvrière peuplée d’immigrés nichés autour d’une usine chimique, loin du cliché provençal. Il sait d’expérience que l’on s’approprie un langage lorsque certaines barrières psychologiques sont levées : « Si on ne s’estime pas assez bon ou trop ringard, on n’ose pas s’exprimer. » Voilà un homme qui n’emploiera pas le mot « identité » à la légère : « Le terme a été récupéré par l’extrême droite, on hésite à en faire usage. Pourtant, la langue est un marqueur culturel : notre vision du monde en est colorée. Nous voudrions donner la possibilité à un maximum de gens de lire l’occitan et de le parler. »

Il prévoit à terme de proposer en regard de chaque article une version audio qui permettrait d’écouter la prononciation, le phrasé, et a déjà mis en place un outil renvoyant pour chaque expression plus ardue sur un lexique : il suffit de passer la souris sur les mots en rouge et de cliquer lorsqu’un point d’interrogation apparaît. « On essaie d’inclure tout le monde. Il y a deux façons d’écrire l’occitan, la classique, et la mistralienne : on équilibre, chaque rédacteur amène sa graphie. » Aquò d’Aquí diffuse d’ores et déjà une lettre d’information à plus de 700 abonnés, et il est consulté jusqu’en Espagne : « Après 1600, le catalan a évolué avec l’espagnol, pendant que l’occitan évoluait avec le français, mais les deux sont proches cousins, et à l’écrit, on se comprend sans peine. »

La difficulté en Provence étant que « la disparition des derniers locuteurs naturels laisse une situation inédite : l’écrasante majorité a appris la langue à l’école. Le défi réel est qu’elle soit socialisée, et non utilisée de manière normative. » Glissement de statut intéressant, puisque « entre l’édit de Villers Cotterêts (1539 : seul le français doit être utilisé dans les actes administratifs) et Frédéric Mistral, l’occitan devient la langue du peuple car elle est interdite d’intelligentsia, et ne sert plus à grimper l’échelle sociale » ! On aboutit donc aujourd’hui au paradoxe d’un langage relégué (même si « sa littérature garde de belles perles : Bellaud de la Bellaudière, Brueys, ou le fantastique et fantasque Joan de Chabannes ») au purgatoire populaire, qui ne se transmet que dans le cadre de notre Ecole Républicaine, et qui n’est quasiment plus parlé dans nos rues.

Pour lutter contre cet état de fait, Michel Neumuller forme quant à lui des occitanophones confirmés aux techniques du journalisme, et espère couvrir des zones plus étendues de la région, d’Arles à Nice, peut-être Gap. « Nous avons les attendus de tous les journaux du monde en ce qui concerne l’analyse de l’actualité, avec en plus une responsabilité vis à vis de la qualité de la langue. » Il porte une attention particulière aux rubriques culture et enseignement : « La musique occitane a besoin d’une visibilité spécialisée, je réponds à une forte demande dans ce secteur. Quant à la pédagogie, l’article le plus lu cet été portait sur les élèves d’origine maghrébine, qui réussissent souvent bien en cours d’occitan. »

Olive sur la fougasse : Aquò d’Aquí tient avec soin un agenda des manifestations occitanes.

GAËLLE CLOAREC

Août 2012


1“Ce qui est d’ici”

2Présidée par Philippe Langevin, Maître de Conférence à l’Université d’Aix-Marseille.